Auteur Sujet: Décembre 2002 : premier voyage à Okinawa  (Lu 1346 fois)

Eriku

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Décembre 2002 : premier voyage à Okinawa
« le: 18 Septembre 2010 à 20:34:19 »
Dans cette série de post, je vais présenter ma rencontre avec Nakazato Joen Sensei, un homme, un sensei qui m'a beaucoup marqué.
Il n'y aura pas que lui, c'est aussi l'histoire d'une histoire d'amour entre une contrée si lointaine, si différente et moi même.
En parallèle, avec photos et commentaires, je vous présenterais un peu de la culture d'Okinawa.

J'ai toujours pensé avoir mauvaise mémoire mais avec l'annonce du décès de Nakazato Joen , le dernier témoin d'un karaté complètement révolu, les souvenirs affluent dans ma tête.
Et parallèlement à cette triste nouvelle ( bien qu'attendue), les sirènes d'Okinawa résonnent à mes oreilles ... Fort, très fort !



8 ans déjà ... Je me souviens comme si c'était hier. 29 Décembre 2002,je débarque pour la première fois à Okinawa.

Je n'ai aucune idée de ce qui m'attend, pas prévu de dojo, juste mettre les pieds sur la terre de naissance de Funakoshi Gichin et de tant de Bushi d'Okinawa.
J'ai seulement dans ma tête , les lignes du livre de Funakoshi , Karate-do ma voie, ma vie et aussi je l'avoue les images de l'épisode de Karate kid qui se déroule à Okinawa.
Images d’Épinal ....

L'aéroport est sympa, coloré et l'aquarium plein de poissons exotiques me met  en appétit : Je suis bien  sur une île sub tropicale.

Je sors de l'aéroport, une température très douce ( environ 19°) mais aussi une pluie fine m'accueillent.
Direction la location de voiture et un super stress m'envahit. En effet le superbe monorail n'est pas encore en activité et la circulation est infernale. De plus, il va falloir conduire à gauche !

Il y a un magnifique GPS dans la voiture mais tout en Japonais ... A cette époque , pas d'une grande utilité.
Je découvre naha. Je devrais être déçu, c'est bien la jungle mais pas celle escomptée. C'est une jungle de béton où tout plan d'urbanisme semble avoir été oublié.

Et pourtant, il ya tout de suite un flash entre cette terre de légende ( pour nous karatekas) et moi humble pratiquant d'un karaté ( shotokan) qui a totalement oublié ses racines.
Dès les premières minutes, j'aime Naha, j'aime Okinawa . Pourtant rien ne semble justifier cela, tout du moins selon mes critères.
Subjectif ? prisonnier du passé et de ses légendes ? Ou bien intuition que ma vision du karaté, du japon, va totalement basculer ?

Arrivée à l'hotel, le parking est minuscule, et les voitures garées les unes derrière les autres. Vous laissez vos clefs à l'employé , et quand vous avez besoin de la voiture , il vous la sort ( et si elle est au fond, il doit déplacer toutes les autres voitures ).

L’hôtel est un business hôtel, c'est à dire un hôtel à l'occidental. Rien de particulier.
Première destination mythique Shureido, la célèbre fabrique de Kimonos. Un peu de mal à trouver.
Surprise, c'est une petite boutique et quand j'y vais il n'y a absolument aucun clients. Shureido la marque mythique des karategi d'Okinawa.
Bon j'essaie mon karategi, on prend bien soin de moi à la Japonaise ...

J'avoue avoir oublié qui m'a dit de demander conseil au Patron de Shureido, pour trouver un dojo. Peut être Jacques Tapol qui est allé plusieurs fois à Okinawa.
J'avoue que ce n'est pas ma priorité, je pratique le Shotokan et j'en ai bien la mentalité ... Mais bon pourquoi pas.

Et là grosse surprise .... " Ah non c'est les vacances, les dojo sont tous fermés ! "

Fermer ? mais comment ça ? j'ai toujours entendu dire qu'au Japon les dojo ne fermaient jamais !!! ( Bon Ok le dojo de Kanazawa où je me suis entrainé la semaine d'avant est lui aussi fermé ...) mais là je suis à Okinawa , la terre de naissance du Karaté ....
Je suis confronté pour la première fois avec une vérité clamé haut et fort en France et qui ne correspond pas à la réalité, ce ne sera pas la dernière.

Je peux vous faire une confidence ? Je ne fus pas particulièrement désappointé ! Je me fous pas mal du karaté d'Okinawa et puis je viens de m’entraîner avec une légende kanazawa Sensei, cela suffit à mon bonheur. Et en plus lui au moins, il fait du Shotokan pas un karaté de seconde zone ...
« Dernière modification: 18 Septembre 2010 à 22:49:12 par Eriku »

Eriku

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Re : Décembre 2002 : premier voyage à Okinawa
« Réponse #1 le: 18 Septembre 2010 à 22:19:31 »
Quelques photos pour illustrer ce premier post

A l'aéroport,vous êtes accueilli par un magnifique aquarium
A l'aéroport,vous êtes accueilli par un magnifique aquarium



La stèle de Funakoshi à Naha avec la célèbre inscription Karate Sente nashi
La stèle de Funakoshi à Naha avec la célèbre inscription Karate Sente nashi


Eriku

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Re : Décembre 2002 : premier voyage à Okinawa
« Réponse #2 le: 18 Septembre 2010 à 22:47:57 »


Shiisa, l'un des symboles d'okinawa
Shiisa, l'un des symboles d'okinawa


Voilà l'article du blog de Chinen : http://okibukan.over-blog.com/article-26202657.html sur les Shisa.

Le Shîsâ est un animal mythique que l’on peut rencontrer dans différentes parties de  l’Asie Extrème-Orientale. Littéralement, « shîsâ » signifie « petit lion » ou « enfant lion ». Représenté en couple, cette créature, moitié chien et moitié lion est censé éloignée les démons. Celui de gauche, la femelle, dont la gueule fermée retient le bonheur et celui de droite, le mâle, dont la gueule ouverte et les babines retroussées éloigne le malheur.

Bien que l’on rencontre souvent des statues de shîsâ, en couple en individuellement (dans ce dernier cas, c’est un mâle à la gueule ouverte) bordant les entrées de maisons, il est plus traditionnel de voir ces représentations sur les toits. Cette coutume remonte à l’époque où tous purent couvrir leur demeure de tuiles, remplaçant le chaume des toitures.

LA LEGENDE DES SHÎSÂ

D’après Sesoko Chizue, la légende de l’origine des shîsâ serait la suivante :
Au retour d’un envoyé de Ryûkyû à la cour de Chine rapporta comme cadeau au roi de Ryûkyû un collier, orné une petit figurine de shîsâ. Le roi trouvant se présent très beau, décida de toujours le porter sous ses vétements.
Au cours de son règne, un dragon terrorisait le village de Madanbashi, détruisnt habitations et récoltes. Le hasard voulu qu’une de ces attaques survint un jour où le roi passait près du village. Effrayés par le dragon, tous les habitants s’enfuirent. La nuuru (prêtresse) locale ayant eu une vision pré monitrice dépêcha un jeune garçon auprès du roi. Dans son rêve, elle avait vu le roi se tenir sur la plage, face au monstre, brandissant la figurine du shîsâ. A ce moment, un rugissement assourdissant semblant surgir d’outre tombe paralysa le dragon, en même temps qu’un énorme bloc de roche, venant des cieux s’écrasait sur la queue du dragon. Retenu prisonnier par le rocher, le dragon ne pouvait plus bouger et finit par mourir.
Au fil du temps, le rocher et les ossements du dragon furent recouvert de terre, de plantes et d’arbres. Au jour d’aujourd’hui, ce lieu est connu sous le nom de « Gana-mui, les bois de Gana », près de Naha Ôhashi, grand pont de Naha.

En souvenir de cet événement, les villageois sculptèrent un immense shîsâ de pierre pour les protéger de tous les dangers.

La légende de protection des shîsâ est bien établie et apparaît dans une autre légende.
Cette dernière se déroule dans le village de Tomimori. Dans ce village près de la ville de Kochinda, avait lieu de nombreux incendies. Pour remédier à cet état de fait, les villageois eurent l’idée de faire appel au maître renommé de feng shui Saiouzui. Selon ce maître, c’était à cause de la présence proche du  mont Yaese. Il ordonna donc au villageois de sculté un grand shîsâ. Depuis lors, il n’y eut plus d’incendies.

Eriku

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Le mémorial de la paix - le village de Chinen
« Réponse #3 le: 19 Septembre 2010 à 22:24:53 »
Le 30 décembre, c'est la visite au mémorial pour la paix qui se situe à Itoman sur la côte ouest d'Okinawa.

A la fin de Mars 1945, allait se déroulait la fameuse bataille d'Okinawa surnommée " Typhon d'acier ", ce fut de terribles pertes pour les japonais près de 200 000 morts dont 100 000 civils ( et seulement 12500 soldats alliés ).

Okinawa fut presque entièrement rasée, la plupart des lieux historiques et des archives détruites.

Se balader dans ce parc, c'est penser à tous ces morts. Chaque préfecture à une sorte de monument aux morts, mais l'endroit le plus impressionnant c'est incontestablement Heiwa no ishiji (la pierre angulaire de la paix ), un ensemble de pierres angulaires sur lesquelles sont gravés les noms des soldats et civils décédés dans l'archipel indépendamment de leur nationalité.
Il y a toute une partie (immense) pour les japonais et une toute petite place pour les étrangers ( alliés américains ). Cette différence de morts est impressionnante.
Tous ces noms, pourtant anonymes, m'interpellent. La mer, d'un bleue typiquement d'Okinawa, dessine un fond de carte postale et les larmes me vient aux yeux.
Ce peuple, pourtant l'un des plus pacifiques du monde ( je parle des Okinawaiens pas des japonais ) a payer un tribu énorme à cette guerre !

Je continue la visite par la falaise du haut de laquelle un groupe d'écolières s'est suicidé pour échapper aux américains.

Journée émotion qui contraste avec le calme de cette côte d'Okinawa , loin de l'urbanisme sauvage de Naha.

Je suis avec une amie Française qui vit au Japon et qui me sert de guide. Elle me demande où je veux aller.
Bah, je n'ai aucune idée ... Je prends la carte est au hasard je pointe sur un point de la côte est où nous sommes. Chinen son ( le village de Chinen).
Il semble avoir un petit port sympa.

On trouve le port, il est minuscule pas loin il y a une jolie plage ( Azama sun sun beach) mais il est un peu tard et on commence à avoir faim.
Mon amie me propose de manger à KFC, un truc bien à l'américaine de poulets frits.
C'est un non catégorique ... "On va manger Japonais !". On continue quelques mètres et l'on trouve un petit izakaya.

C'est dans cet izakaya ( bar japonais où l'on sert plein de petits plats ), qu'une rencontre va changer ma vie de karateka. Mais à ce moment là, je suis loin de m'en douter.
« Dernière modification: 28 Septembre 2010 à 05:11:09 par Eriku »

Eriku

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Le mémorial de la paix - le village de Chinen
« Réponse #4 le: 19 Septembre 2010 à 22:36:11 »
Heiwa no ishiji
Heiwa no ishiji

Pour plus d'infos sur la bataille d'Okinawa et le parc de la paix : http://nezumi.dumousseau.free.fr/japon/okinawab.htm

Azama sansan beach
Azama sansan beach

Au fond on aperçoit le petit port et les bâtiments qui abritent le HFC et l'izakaya.
« Dernière modification: 19 Septembre 2010 à 22:45:34 par Eriku »

gojira

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Re : Décembre 2002 : premier voyage à Okinawa
« Réponse #5 le: 20 Septembre 2010 à 07:25:27 »
très sympa... ça donne envie (sauf de faire du shôtôkan)...
Merci Eriku

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Re : Décembre 2002 : premier voyage à Okinawa
« Réponse #6 le: 21 Septembre 2010 à 20:48:05 »
Merci Gojira, Ya en a aumoins 1 qui suit donc je continue ...



Nous voilà dans l'izakaya à  consommer de bonnes bières ( Orion bien sûr) et à manger quelques plats typiques d'Okinawa.
A côté de nous un groupe d'Okinawaiens, apparemment habitués du lieu.
On échange quelques sourires, quelques Campai à distance et puis on nous invite à leur table.

Ce fut ma première expérience avec l'awamori, l'alcool d'Okinawa. Bien qu'il ne fasse pas très froid ( pour nous car pour les Okinawaiens on est en plein hiver !), ils boivent l'awamori coupé avec de l'eau chaude.
Evidemment, ce n'est pas très fort mais à force d'en boire, ça chauffe ... ( à moins que ce soit l'eau chaude  :-\ )

Ils n'ont pas l'habitude de voir des Français, alors ils se demandent ce que l'on fait ici.
J'explique : Je pratique le Karaté et je voulais découvrir l'endroit de naissance du Karaté.
Dès que je parle de Karaté, on me demande de montrer mes mains et mes Kento ( Kento est le terme japonais désignant les métacarpiens ). devant l'absence de cal, tout le monde est surpris ...
Euh ... Je pratique le shotokan et personne ne m'a montré comment frapper dans un Makiwara.

" Shotokan ... On ne connait pas , tu peux nous faire une démonstration ? "

Ils insistent et moi je suis bien bourré. ET me voilà parti à faire le Kata Empi, dans un Izakaya d'Okinawa bondé.
Ce ne devait pas être une très bonne performance, mais les japonais sont bons publics et je suis applaudit par tout le monde ....

Je retourne m’asseoir ...  L'un des okinawaiens me demande pour quoi Je suis à Chinen Village, Je me suis entrainé ici ?

"Non ,Non, je ne savais même pas qu'il y avait un dojo, c'est par hasard "

Il semble réfléchir un peu.

"Tu sais qu'il y a un Shihan ( professeur ) à Chinen, il est 10ème dan , c'est mon instituteur et mon père était instructeur au Dojo !"

Wouahhhhhhhh.

" Tu veux le rencontrer ?  Je peux te faire un mot d'introduction "

Et le voilà qui me griffonne l'adresse en romaji ( nos caractères ) à peine lisible et quelques mots en japonais.

Je récupère précieusement le papier et lui dit que j'irais des demain.  L'alcool , la gentillesse de ces gens me font déjà aimer ce sensei avant de l'avoir rencontrer.

Ils partent avant nous.

Je finis mon verre et on y va. Au moment de payer; tout a été réglé, ce que l'on a bu et mangé avant et aussi ce que l'on a bu ensemble.

Mensore Okinawa ( Bienvenue à Okinawa ).
« Dernière modification: 21 Septembre 2010 à 20:51:32 par Eriku »

fudoshin

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Re : Décembre 2002 : premier voyage à Okinawa
« Réponse #7 le: 21 Septembre 2010 à 21:42:44 »
la suite vite...même si je connais déjà l'histoire ;)
en attendant, c'est une aventure merveilleuse que tu as vécu !!
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Eriku

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Re : Décembre 2002 : premier voyage à Okinawa
« Réponse #8 le: 21 Septembre 2010 à 21:59:13 »
Merci Fudoshin.

J'aimerais bien retrouver les photos de 2002 pour illustrer ces posts  ::)

Dès que je les retrouve, j'en mets en ligne.

Hanchindi

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Re : Décembre 2002 : premier voyage à Okinawa
« Réponse #9 le: 22 Septembre 2010 à 06:40:40 »
La suite, la suite...
Seul et unique kyokun de l'Okinawa-karate : Kishu, busshin 鬼手佛心, technique de démon, coeur de Bouddha

gojira

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Re : Décembre 2002 : premier voyage à Okinawa
« Réponse #10 le: 22 Septembre 2010 à 12:12:16 »
merci beaucoup Eriku... c'est vraiment intéressant et ça fait chaud au coeur...
La suite La suite! La suite!

Eriku

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Re : Décembre 2002 : premier voyage à Okinawa
« Réponse #11 le: 22 Septembre 2010 à 23:17:05 »
31 Décembre 2002 ... La fin d'une année très spéciale ...

J'ai eu 40 ans, on aime bien fêter les dizaines et 40 ans c'est 2 fois 20 ans ...

Mais la veille de mes 40 ans , le 13 mars 2002 , un ami est mort. Ceux qui ne le connaissait pas auront la critique facile ...
Il s'appelait Mickael Milon et il est mort d'une overdose. Ceux qui critiquent, ne pensent pas qu'un être humain est quelque chose de complexe, très complexe .

Dans la nuit de mes 40 ans, mon père est mort. ça paraissait impossible et pourtant ...

Ce double évènement a eu beaucoup d'importance dans ma vie personnelle et de budoka.

Et surtout, il a été le catalyseur de mon départ pour mon premier voyage au japon ....

Désolé pour le hors sujet ...

Retrouvons nous ce 31 Décembre 2002, nous sommes à Chinen Village dans la campagne d'Okinawa ...

Nous ... Cécile mon amie qui vit au Japon et qui me sert de guide, Thierry un gars rencontré dans l'avion à l'aller et dont les dates de voyage sont les mêmes que les miennes et bien entendu moi !

Impossible de trouver la maison de Nakazato Joen Sensei.

En fait , Chinen village , c'est un village .... à la japonaise. Rien à voir avec mon ardèche et mon petit village de 400 habitants.

C'est très étendu  et personne ne semble connaitre Nakazato Joen ...

Thierry hallucine un peu ...

" Le soir du réveillon, je suis là marchant dans les rues d'un village sans grand intérêt au bout du monde ..."
Pas de musique, pas de jolies japonaises, rien ...
Juste la nuit qui tombe ....

Je ne suis pas loin de partager son opinion, mais quelque chose me pousse à avancer , à persévérer.


On va dans un koban ( poste de police ). Il prend son plan , l'espoir renaît ...
Il nous trace un plan . On repart et au bout de 20 minutes, on rebrousse chemin. Apparemment, le japonais de mon amie a certaines limites ....

On s'arrête dans un combini et on demande encore .

"Non je ne sais pas où c'est "
 Et là, il y a un jeune japonais. Il nous parle en Anglais.

"I know where is Nakazato Joen Sensei House ..."

Ouf ......

Et me voilà parti dans une Fiat Panda ... AUTOMATIQUE
Oui vous avez bien lu, elle était automatique.

On échange quelques mots en anglais, mon niveau de Japonais étant très faible.
Il fait nuit noire, quand on arrive dans la maison de Nakazato Joen Sensei.

31 Décembre 2002, 19H30 ... Le jeune japonais sonne à la porte. Un vieux monsieur nous ouvre la porte. Il est plus ou moins en pyjama. Il est petit, il est vieux ... Et pourtant son regard semble si fort. Et surtout ses mains .... Épaisses, fortes, des mains de karatéka !

Le jeune Japonais parle au vieux ... Je ne comprend rien sauf ... " Americanjin desu" ( C'est un américain ).
Nous n'avons parlé qu'en Anglais et Dieu sait que j'ai un sacré accent Français mais le jeune japonais est persuadé que je suis américain.

Je vois le sympathique visage de ce petit grand père se fermer. Alors prenant mon courage à deux mains, je sors la première phrase de ma vie en Japonais :

"Americajin dewa nai, furansujin desu " ( Je ne suis pas américain , je suis français ).

Nakazato Joen sensei me regarde, il n'a pas compris ... Ok la phrase est trop longue pour moi. Je prends une grande respiration et répète plusieurs fois " Furansujin "

Son visage perd de sa sévérité ... C'est gagné.

Mon traducteur, à l'anglais encore plus mauvais que le mien, explique que je fais du karaté et que je voulais le rencontrer. Je luis tend mon petit mot et tout semble se clarifier.

" OK venez demain matin à 9h30 "

La porte se referme. La rencontre a duré  1 minute voir 2 minutes pas plus. Et moi je suis comme dans un rêve, j'ai rencontré beaucoup d'experts, beaucoup de champions. Quelques jours auparavant un homme que l'on considère comme l'un des plus grand  maître  du Shotokan, mon style, Kanazawa Sensei.

Mais rien de comparable avec cette rencontre ,  mon coeur est oppressé comme si j'étais un adolescent devant sa première petite amie.

Nous repartons dans cette petite fiat panda, et je languis d'être au lendemain 9H30 .

A suivre

gojira

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Re : Décembre 2002 : premier voyage à Okinawa
« Réponse #12 le: 23 Septembre 2010 à 08:44:48 »
la suite! la suite! la suite!
Vraiment passionnante... on se croirait avec toi....

fudoshin

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Re : Décembre 2002 : premier voyage à Okinawa
« Réponse #13 le: 25 Septembre 2010 à 05:03:00 »
je ne m'en lasse pas...envoie la purée :D
Au fait Eriku...immagines tu le regret qui me pèse???je te laise réfléchir...bon aller la suite!
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Re : Décembre 2002 : premier voyage à Okinawa
« Réponse #14 le: 25 Septembre 2010 à 11:12:14 »
La rencontre c'est pas pour tout de suite ... Il y a encore une nuit qui nous en sépare.

Puisqu'il est tard, nous décidons de retourner au même izakaya qu'hier près de la mer.

Surprise, nos amis sont encore là et nous font signe de nous installer. Je leur dis OK mais ce soir c'est nous qui payons tout.
Ils ne sont pas d'accord, on négocie : on paiera les consommations à partir du moment où on arrive.
Ils sont OK.

C'est ma deuxième soirée à l'awamori, oyuwari ( cela signifie mélangé à de l'eau chaude )

AWAMORI

Il est temps de parler un peu plus en détail de cette boisson spécifique à Okinawa.

L’awamori (泡盛) est une boisson alcoolisée qu'on peut trouver à Okinawa au Japon. Il est fabriqué à partir de distillation de riz, d'eau, de levure et d'un ferment ( champignon )  appelé kōji.
Son degré d'alcool est assez variable entre 25 et 35° en général mais il en existe de plus dosé.

La grande différence avec le sochu ( la boisson distillée du reste de japon ) , c'est que l'awamori est uniquement fabriqué à partir de riz ( alors que le sochu peut être distillé à partir de blé, patate douce, canne à sucre etc ...) et surtout que le riz employé pour la fabrication de l'awamori, n'est pas une variété japonaise, c'est une variété Thailandaise.

Certains awamori sont vieillis ( minimum 3 ans) et on parle alors de Koshu ou Kushu (古酒).
je préfère boire le Koshu on the rock plutôt que mélangé avec de l'eau.

Il paraîtrait que l'awamori fut le premier alcool distillé au japon ( quoiqu'à cette époque, le royaume des Ryû kyû ne faisait pas aprtie du Japon !). Il y avait parait-il également des awamori vieux de plus de 2 cents ans mais qu'ils furent tous détruit pendant la bataille d'Okinawa.
J'espère que notre spécialiste d'awamori d’histoire d'Okinawa, Chinen nous en dira un petit mot.

Revenons à notre soirée dans l'Izakaya.

On échange tant bien que mal moitié japonais, moitié anglais. L'awamori ayant une qualité insoupçonnée d'aide à la compréhension des langues étrangères  ::)

Celui qui m'a indiqué l'adresse de la maison de Nakazato Joen Sensei ( c'est aussi son dojo, mais cela je ne le sais pas encore) n'est pas là ce soir.
On commence par quelques bières puis on bascule très vite sur l'awamori. "Leur bouteille" étant désespérément vide, je commande "La mienne" ( Je n'ai aucune idée du prix, mais Thierry me dît qu'il en paiera la moitié de toute façon ).
Je remarque un des okinawaiens qui n'a bu qu'une bière, et a refusé l'awamori.
Comme c'est "ma bouteille", c'est moi qui fait le service, l'esprit déjà bien embrumé. Il refuse également de boire. Je fais semblant de me mettre en colère :

" C'est ma tournée, je suis l'invité d'Okinawa, tu ne peux pas refuser !"

Et effectivement, il ne refuse moi je suis fier de moi , ne me rendant pas compte que je venais de faire un sacré impair.

Sakae-san, se tourne vers moi ( Je me souviens de son nom, parce que je l'ai rencontré l'année d'après mais pas celui des autres convives)

"XXXXXX-san ne BOIT JAMAIS D'AWAMORI, il ne boit pratiquement pas d'Alcool, juste un peu de bière !"
J'entends sa phrase mais ne comprends pas la signification, c'est Céline ( Et non pas Cécile comme j'ai écrits plus haut ) qui m'expliquera le lendemain.

" Il ne voulait pas boire mais comme tu insistais trop, il n'a pas voulu dire NON, pour te faire plaisir ".

La soirée se termine quand même dans la ( très) bonne humeur et nous nous levons pour payer.
Sakae-san est devant nous, il  parle avec le patron. A cette époque, je n'étais pas vraiment capable de m'exprimer en Japonais, mais lors des conversions, j'arrivais toujours à saisir quelques bribes. Là rien du tout, alors que toute la soirée, l'awamori avait contribué à ma compréhension de la langue.

"Céline, tu comprends quelque chose ?"
"Non, non ils parlent dans leur patois, je ne comprends rien. "

Bon, je ne savais pas qu'il y a avait des patois au Japon et que les gens le parlait encore.
Et je ne savais pas que " ce patois" était en fait un dialecte "Uchinaaguchi" considéré comme un dialecte indépendant du Japonais.

AHHHH Inculture quand tu nous tiens ...
Pour en savoir plus : http://www.karateokinawa.fr/forum/okinawa/introduction-a-l'uchinaaguchi/

Sakae san et ses amis nous disent aurevoir et c'est donc  notre tour de payer.

"Non, non ce n'est pas possible, tout est déjà payé !"

" Comment ça  c'est impossible ? on a dit qu'on payait notre bouteille, je vous l'ai dit quand vous l'avez servie "

" Je sais, je sais, mais c'est payé, vous êtes les invités d'Okinawa "

Mensore Okinawa

 

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